Avec Le Bois de Klara, qu’il présentera en avant-première au festival le mercredi 11 novembre, Volker Schlöndorff rassemble près de soixante ans de cinéma. Adapté du roman de Jenny Erpenbeck, le film suit, des années 1930 à la chute du Mur, les familles qui se succèdent dans une maison au bord d’un lac près de Berlin. Les habitants passent, la maison demeure. À travers leurs présences, leurs départs et leurs rêves interrompus, le cinéaste poursuit son dialogue avec l’Histoire et interroge ce qui reste lorsque tout semble avoir été bouleversé.
Né en 1939 à Wiesbaden, Volker Schlöndorff est une figure majeure du Nouveau cinéma allemand. Enfant de la guerre puis de l’Allemagne en ruines, arrivé adolescent en France, il construit une œuvre profondément ancrée dans l’Histoire et la littérature. Depuis ses débuts, une même interrogation traverse son cinéma : comment l’Histoire entre-t-elle dans les vies, les transforme-t-elle et, parfois, les brise-t-elle ?
Il se révèle avec Les Désarrois de l’élève Törless (1966), adapté du roman de Robert Musil, puis signe avec Margarethe von Trotta L’Honneur perdu de Katharina Blum (1975), qui explore l’Allemagne des années 1970, la peur du terrorisme et la violence de la presse à sensation. Avec Le Tambour (1979), Palme d’or à Cannes et Oscar du meilleur film étranger, il obtient une reconnaissance internationale. Adapté de Günter Grass, le film regarde la montée du nazisme à hauteur d’Oskar, cet enfant qui décide de ne plus grandir et transforme l’Histoire en spectacle grotesque, inquiétant et parfois dérisoire.
De Un amour de Swann (1984), d’après Marcel Proust, à Diplomatie (2014), la littérature nourrit une réflexion très personnelle sur les individus aux prises avec des forces qui les dépassent. Le Coup de grâce, Le Faussaire, Les Trois vies de Rita Vogt ou Le Neuvième Jour en portent la trace. Dans La Mer à l’aube, consacré à l’exécution des otages de Châteaubriant en 1941, il s’attache à l’engrenage des décisions, des ordres et des obéissances qui conduit des hommes vers la mort.